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Bandeau théière calli

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mercredi 1 mai 2013

Beijing Coma

Dans la série lecture, je vous propose :

BEIJING COMA
de Ma Jian
aux Editions Flammarion
Traduction française : Constance de Saint-Mont
Illustration : Justin Guariglia/Getty Images/National Geographic
632 pages, 23 € (prix en 2010)


Résumé :

4 juin 1989. Printemps de Pékin. Des milliers d'étudiants occupent depuis un mois la Place Tiananmen, et parmi eux, Dai Wei. Quand un soldat lui tire une balle dans la tête, le plongeant dans un coma profond, son corps devient sa prison, mais son âme se souvient : la honte quand son père dissident revient des camps, ses premières amours contrariées, la conscience politique qui s'éveille... Lorsque Dai Wei sortira du coma une décennie plus tard, se reconnaîtra-t-il seulement dans cette Chine pétrie de contradictions ? Histoire, mémoire, liberté, Beijing Coma explore les pierres angulaires de la société - les droits fondamentaux sans lesquels l'être humain ne pourrait survivre. Le chef-d'oeuvre de Ma Jian, qu'il a mis dix ans à écire.

"Une fois par génération, un roman paraît qui remet profondément en question le regard que nous portons sur le monde et sur nous-mêmes. Beijing Coma est l'examen poétique non seulement d'un pays à un moment donné de son histoire mais du droit universel de se souvenir et d'espérer. C'est, à tous les points de vue, une oeuvre de fiction qui fera date."
Daily Telegraph

Ma Jian a quitté Beijing (Pékin) pour Hong Kong en 1987, peu avant que ses livres soient interdits en Chine, et vit aujourd'hui à Londres. Il a publié quatre livres en France, dont Nouilles chinoises (Flammarion, 2006) et Chemins de poussière rouge (Editions de l'aube, 2005), qui fustige l'autorité abusive et l'hypocrisie au pouvoir en Chine, lui valant ainsi l'admiration du prix Nobel Gao Xingjian qui voit en lui "une des voix les plus importantes et les plus courageuses de la littérature chinoise contemporaine".

Extrait :

"Bien que tes nerfs soient engourdis, tu sens le souvenir de l'amour qui vibre dans ton cerveau comme une pendule.
Cette nuit-là, je rêvai que Tian Yi accourait vers moi avec des larmes dans les yeux, me criant de m'échapper tandis que des soldats nous chargeaient depuis d'étroites ruelles. Dès que je me réveillai, je la cherchai. Je finis par la repérer, étendue sous la couette à fleurs dans un nouvel abri improvisé. Le sol était couvert de planches offertes par le gouvernement local.
Je traversai la foule de corps allongés pour m'asseoir à ses côtés. C'était le début de son cinqième jour de grève de la faim. Les étudiants en psychologie campaient près des étudiants en littérature chinoise, de sorte que Bai Ling et Han Dan étaient tous deux proches. Notre service d'ordre avait bien gardé le campement. Ils n'avaient laissé passer que quelques médecins en blouse blanche. La sirène des ambulances avait réveillé la plupart des grévistes, y compris Tian Yi.
Je regardai son visage blême et ses lèvres craquelées, et touchai ses mains glacées. Elle ne paraissait pas seulement vieille maintenant, elle avait l'air d'une mourante. Un vent froid soufflait dans l'aube blafarde."

Mon avis : Un livre original où s'entrechoquent l'onirique et la réalité. Une écriture franche qui vous emporte, avec des mots simples, dans les méandres du subconscient d'un étudiant meurtri, tombé dans le coma. Cette blessure a suivi l'arrivée des chars pour mater dans le sang les manifestants désarmés. On ressent la frustration qui gagne de page en page, face à un pouvoir crispé sur ses dogmes archaïques. Cet état n'est pas qu'intérieur : il fait écho à l'état d'avant la blessure, cet état de grâce qui nous porte avec ferveur vers un avenir meilleur, cet état d'inconscience qui nous mène à des actes incroyables. On voit se dérouler une période enthousiaste pour les étudiants place Tian an Men, où la soif de démocratie absolue aveugle jusqu'à faire fi de sa propre vie, pour le groupe. Ma Jian excelle dans ce va-et-vient entre entousiasme et désillusion, idéalisme et réalité. Un livre que je ne suis pas prête d'oublier.

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