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Bandeau théière calli

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jeudi 2 mai 2013

Hero, de Zhang Yimou

Quelle chance !
En zappant hier soir, je suis tombée sur un film remarquable qui passait sur Arte :

HERO (英雄, Ying xiong), de Zhang Yimou


Zhang Yimou est aussi le réalisateur de "Epouses et concubines", "Le Sorgho rouge",  et "Le Secret des poignards volants".

Ce film réalisé en 2002 se place à un moment important de l'histoire de la Chine : celui de la montée en pouvoir du roi Ying Zheng, au IIIe siècle avant J.-C.. A cette époque, l'immense territoire qui deviendra l'Empire du Milieu (ZhongGuo - 中国) est divisé en 7 royaumes. On appelle cette période celle des Royaumes combattants.  En 221 avant J.-C., Ying Zheng, qui dirigeait le royaume des Qin (prononcer "tchine"), unifia les royaumes par la terreur et les massacres, n'en faisant plus qu'un seul : la Chine (dont le nom occidental correspond à celui du peuple Qin). Il devint donc le Premier empereur (se dit Ying Zheng Huang).



Les acteurs : On retrouve Zhang Ziyi (Lune) et Tony Lung Chi-Wai (Lame brisée) qui ont joué plus tard dans le "GrandMaster" de Wong Kar Wai, mais aussi Jet Li (Sans nom) et Maggie Cheung (Flocon de neige).

La trame : 6 des 7 royaumes voient d'un mauvais oeil l'esprit conquérant du sanguinaire chef des Qin. Ils décident d'envoyer leurs meilleures lames pour occire ce roi gênant. Parmi ces guerriers, trois lames brillantes du royaume de Zhao sortent du lot : Lame Brisée, Flocon de Neige et Ciel Etoilé.

Le genre du film, vous l'aurez deviné : un film de sabre chinois (Wu Xia Pian). Ces bretteurs extraordinaires s'affrontent tour à tour puis vient un quatrième larron, super héros qui les expédie en beauté ad-patrès : un inconnu surnommé "Sans Nom" (ça ne vous rappelle pas un certain film spagghetti de Tonino Valerii ?). Le roi des Qin ayant promis monts et merveilles à celui qui anéantirait les trois géants du sabre, il le reçoit en son palais et écoute son récit.


Le style : Onirique, symbolique, lyrique, flamboyant. C'est un tableau, que dis-je, c'est une fresque géante, à la fois impressionniste et surréaliste, monstrueuse de perfectionnisme esthétique. A quoi peut-on le comparer ? Mystère. Tout y est épuré et sublimé: les lignes, les tons. On nage de toile en toile, submergé par les touches de couleurs dominantes, ici du rouge et du noir s'affrontent, là du bleu nous rapproche d'un irréel céléste, du blanc nous envole dans un monde spirituel, là du vert se déchire pour annoncer un dénouement proche, là encore de l'or est soufflé par des feuilles d'automne dont les rafales éloignent et rapprochent des adversaires élégantes et aériennes... Il faut dire que le chef opérateur, Chris Doyle, est l'un des meilleurs ; il collabore, d'ailleurs, habituellement avec Wong Kar Wai.


Mon sentiment : Scotchée du début à la fin, on peut dire que j'ai été subjuguée par ce spectacle magnifique. Les envolées lyriques visuelles sont stupéfiantes. Lorsque je me suis installée devant mon petit écran, des milliers de flèches noires jaillissaient à l'intérieur d'un palais où sévissaient, imperturbables, quelques calligraphes maniant le pinceau comme un symbole et une respiration divine. Deux princes rouges de l'épée sortent et se battent contre le flot continu de ces flèches. Leur sabre seul les protège. Insensé ! Oui, c'est bien cela, toutes les situations sont paroxystiques et exagérées à un point où ne reste que le sens de l'image, la puissance de l'évocation et l'esthétique de tout cela. Les mouvements sont lestes et chorégraphiques, aériens et vitaux. C'est la nature tout entière qui se trouve concentrée dans le sabre-pinceau qui trace les lignes de vie ou de mort. Je serais assez tentée de lui donner 20/20...


J'ai sélectionné cet extrait pour la puissance métaphorique des combats et le parallèle entre le sabre trempé dans l'eau avec le pinceau trempé dans l'encre. Le visuel, avec les reflets des montagnes, est à couper le souffle.

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