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Bandeau théière calli

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mardi 21 octobre 2014

Eric Marié et la médecine chinoise


A l'invitation de l'Institut Confucius de Montpellier, je me suis rendue le 17 octobre dernier (2014) à une conférence du Professeur Eric MARIÉ en salle Pétrarque (Montpellier) sur la médecine traditionnelle chinoise. Eric MARIÉ est Docteur en médecine chinoise de l'Université du Jianxi et dirige l'unité pédagogique des diplômes d'université du 3e cycle de médecine chinoise à la Faculté de Montpellier; il est également Docteur en Histoire et Civilisations et rattaché à l'Université de Lyon 3 pour la recherche sur la médecine chinoise en Chine et en Europe (sa thèse porte sur la sphygmologie en Chine et en Europe jusqu'au XVIIIe siècle).




Ce que j'en ai retenu : 

Contrairement à la médecine occidentale (MO), la médecine traditionnelle chinoise (MTC) prend en compte la globalité de l'être humain. Selon cette conception, chaque partie du corps est en relation avec l'ensemble. De plus, il existe en MC une inter-relation entre l'homme et l'univers. 

Un autre aspect pris en compte par la MTC est le contexte, qu'il s'agisse de climat ou d'un autre élément environnemental.

Dans ce système élaboré, les cycles temporels, comme celui des saisons ou des parties de la journée, sont également des données qui permettent, en corrélation avec d'autres, de fonder une étiologie diagnostiquante, de même que les facteurs mutuels incluant des données physiques et psychiques.

Un autre élément important : LES EMOTIONS. Celles-ci agissent dans les deux sens. On n'y pense rarement, nous indique le Dr MARIÉ, mais il n'existe actuellement pas de spécialité de psychiatrie en médecine chinoise car les maladies ne sont pas appréhendées uniquement sur la base du seul psychisme : la psyché et le soma sont si intimement liés qu'on ne peut séparer la médecine en deux, de même qu'on ne sépare pas l'esprit du corps.

Selon la vision de la MTC, la vie correspond à un enracinement dans le corps d'une conscience organisatrice reliée à une essence individualisée et à une activité fonctionnelle (le Qi ou souffle de vie). La théorie de cette médecine intègre la NOTION DE YIN ET DE YANG, qui date du VIIIe siècle avant J.-C, ainsi que celle de Wu Xing (les 5 mouvements), qui datent de - 400 à - 300 avant J.-C. (époque des Royaumes Combattants). A ces mouvements s'apparentent 5 éléments (bois, feu, terre, métal, eau) ainsi que 4 modalités relationnelles du Yin et du Yang :
  1. Opposition du Yin et du Yang
  2. Enracinement de l'un dans l'autre
  3. Croissance et réduction proportionnelle
  4. Dans certaines circonstances : réaction brutale de passage de l'un vers l'autre

TAI JI 太極
Note personnelle : ceci peut rappeller le principe fondamental du Yi Jing, que l'histoire a parfois rangé parmi les arts divinatoires bien qu'étant une philosophie cosmologique à part entière, en ce qu'elle permet de comprendre les cycles des souffles qui régissent notre vie.

Les ELEMENTS liés aux MOUVEMENTS se décomposent ainsi :
  • Sheng = naissance = bois
  • Chang = croissance = feu
  • Hua = transformation = terre
  • Shou = réception = métal
  • Cang = conservation = eau
Le docteur MARIÉ explique que ces théories sont là pour faciliter la CLASSIFICATION des maladies. Le corps est à définir comme un gouvernement avec ses ministères et les trajets se font le longs de méridiens qui mobilisent le Qi. Il existe une épistémologie spécifique; par exemple, le foie selon les occidentaux ne réagit pas comme le foie en médecine chinoise; dans cette dernière, il couvre une réalité qui ne se limite pas à l'organe lui-même.

ETIOLOGIE : en médecine traditionnelle chinoise, l'étiologie est mise en avant bien plus qu'elle ne l'est en médecine occidentale, dont l'évolution s'est fait de façon plus brutale et plus récemment. Parmi les causes de troubles et maladies, on trouve les causes externes, les causes internes (émotions...) et autres (alimentation...). Un conflit entre un Qi qui fonctionne bien et un Qi pathogène entraîne la maladie.

NOSOLOGIE : on fait, bien entendu, un examen clinique (Sizhen). Celui-ci ne comprend pas uniquement des observations générales, mais également de couleur et odeurs de matières, de bruits et un interrogatoire poussé (l'anamnèse). On ajoute à cela non pas une palpation du pouls mais plusieurs palpations de pouls à différents endroits du corps; ceci représente une étape essentielle. De plus, on ne se contente pas de vérifier l'impulsion mais aussi sa qualité, qui peut varier selon la zone testée. Le diagnostic donnera lieu à un classement en maladie + syndrome, c'est à dire le processus qui a conduit à la maladie. La combinaison des deux amène à une nosographie beaucoup plus précise que dans la médecine occidentale. On lui doit une médecine très personnalisée, dont l'occident commence à peine à s'inspirer.

En Chine, les deux types de médecine co-existent. Plus de 95% des traitements de médecine chinoise sont individualisés; il existe d'ailleurs plus de 100.000 formules classiques en pharmacopée chinoise traditionnelle.

THERAPEUTIQUE : 80% des soins viennent de la pharmacopée, environ 10% seulement de l'acupuncture et le reste consiste en massages, respiration et exercices de Qi comme le Qi Gong, ainsi qu'alimentation. Il est à noter qu'un grand nombre d'aliments contenant des principes actifs de médicaments sont prescrits par les médecins car il est important que l'excipient ait aussi des propriétés actives (d'où l'importance de l'alimentation).

PHARMACOPEE : la pharmacopée chinoise traditionnelle comporte non pas un principe actif unique mais la totalité des principes jugés nécessaires dont on agrémente ou modifie la formule. Le fonctionnement des drogues est étudiée avec les formules et les interactions entre diverses substances et non pas, comme dans la médecine occidentale où les molécules semblent fonctionner seules.

ACUPUNCTURE : En général, les cures d'acupunctures durent 15 jours à raison d'une séance par jour, ce qui étonne souvent les occidentaux. A l'inverse, les Chinois sont particulièrement surpris lorsqu'on leur explique comment se pratique l'acupuncture ici. 

MASSAGE ET QI GONG : certes utilisés en tant que traitements, ils sont principalement préconisés et utilisés préventivement et sont complémentaires des autres aspects de la médecine.

CURSUS UNIVERSITAIRE : en Chine, le cursus de MC est particulièrement long et rigoureux, bien plus que ne se l'imaginent les occidentaux. En fin d'études secondaires, un concours permet de rentrer en Xueshi pendant 5 ans, puis en Shuoshi pendant 3 ans, et enfin en Boshi pendant encore 3 ans, ce qui fait un total de 11 ans d'études. En Chine, le cursus de l'enseignement médical occidental et le traditionnel chinois ne se font pas dans les mêmes universités mais les deux ont la même durée et conduisent à un même niveau académique.

HOPITAUX : comme il existe deux types de médecine, il existe en Chine deux types d'hôpitaux: un de médecine chinoise traditionnelle et un de médecine occidentale. Mais on trouve également des centres médicaux, notamment en oncologie, qui pratiquent les deux formes de médecine en interaction.

De même que le Guqin et sa musique en 2007 ou que la calligraphie chinoise en 2009, l'acupuncture et la moxibustion (stimulation par la chaleur de points d'acupuncture)  de la médecine traditionnelle chinoise ont été classées par l'UNESCO patrimoines culturels immatériels universels de l'Humanité en 2010.

Pour les néophytes comme moi qui souhaiteraient en apprendre un peu plus, vous pouvez aisément vous procurer le Précis de Médecine Chinoise du Professeur MARIÉ, paru en 1997 (et 2008 pour la nouvelle édition revue) aux éditions Dangles. 

Vous avez une question ? Une demande de renseignements ? N'hésitez pas à lui envoyer un email à l'adresse suivante :

eric.marie@univ-montp.fr

N.B. : Une prochaine conférence du Professeur est prévue à Montpellier pour le mois de décembre prochain; je tâcherai de transmettre l'information.

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