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Bandeau théière calli

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dimanche 2 juillet 2017

A la croisée des médecines


      J'ai fait une rencontre marquante aujourd'hui, celle du Dr Mestrallet, un gynécologue lyonnais hors du commun et plein d'humour. C'est à l'Institut Confucius de Montpellier que ce professeur nous a régalés d'une conférence trop courte mais passionnante.

   Le Dr Mestrallet a une façon de penser la médecine plutôt novatrice. Ce gynécologue-obstétricien ancien interne et chef de clinique des hôpitaux de Lyon, enseigne la médecine chinoise ancienne, ou MCA, depuis plus de 20 ans.  C'est après avoir rencontré Jacques-André Lavier, auteur de plusieurs ouvrages sur la médecine et la bioénergétique chinoises que le Dr Mestrallet s'est tourné vers une approche plus globale et ancestrale de la médecine ; il a réussi créer un lien entre l'Orient et l'Occident en analysant le comportement des praticiens tout autant, voire plus, que celui des malades. Le résultat de ce cheminement a donné MOKA, lien entre la médecine occidentale (MO) et la médecine chinoise ancestrale (MCA).

    Ce praticien rompu à l'exercice de la médecine occidentale dit s'être rendu compte qu'il ne s'était auparavant jamais préoccupé de rencontrer une "personne" dans son cabinet mais des "malades". Parti à la découverte d'une médecine perdue, il se remémore ces années, de 1962 à 1982 où il était interne au CHU de Lyon et où il était persuadé de tout savoir... Avant de partir véritablement à la découverte de l'autre. 

    A propos de personne, nous voici devant le schéma du "bonhomme" de Mencius (symbole au centre de la photo). Le docteur nous explique les trois parties fondamentales de ce signe qui ressemble terriblement à un idéogramme : la partie du haut, sorte de réceptacle, représente une portion du ciel et également l'esprit qui souffle la vie, le milieu, une croix symbolisant la liberté humaine (l'âme), puis la partie du bas qui correspond à l'aspect physique et corporel de l'être, dont traite particulièrement la médecine occidentale. La notion de souffle est à la base de ce schéma qui caractérise l'homme dans toutes ses dimensions. Et l'émotionnel fait partie de ce souffle (c'est ainsi que je l'ai compris en tout cas).

    Le Dr Mestrallet cite Niels Bor, l'un des créateurs de la théorie quantique : "L'homme heureux est celui qui a trouvé sa folie". Car il nous l'affirme : lui-même a trouvé sa folie, se considère comme un fou, c'est-à-dire quelqu'un qui s'est éloigné des normes, des cadres, des raisonnements quantitatifs. Il se sent, nous dit-il, un peu comme le "ravi" de la crèche, le bienheureux qui n'a pas besoin de suivre les conventions pour se sentir bien. N'est-ce pas une prouesse, pour quelqu'un qui a pendant des décennies suivi le cadre bien pensant des élites scientifiques, d'arriver à se détacher suffisamment de la convention pour n'en garder que l'essence bénéfique ?

Mais je m'éloigne. Revenons au sujet de notre conférencier. Remontons au 2ème ou 3ème millénaire avant notre ère, à une époque où les chamanes, qui étaient en lien avec le ciel, avaient leur place au sommet de l'échelle du respect. Qu'est-ce qui rapproche la pratique de ces intercesseurs et les points de pression de l'acupuncture chinoise ? Simplement, on pourrait résumer en une phrase qui fait écho avec une tradition chinoise : "tout ce qui se passe dans l'univers influe sur notre comportement et nos sensations", d'où l'on pourrait conclure que le macrocosme influe sur le microcosme. D'où le souffle, que d'autres nomment "énergie vitale" qui manque ici ou qui est en excès là, dans notre corps. D'où l'idée de tâter les points pour sentir ceux qui sont douloureux et de combler les manques et vider les trop-pleins. 

    Impossible de synthétiser ici 2 heures de présentation d'un travail issu de toute une vie d'étude, d'assurance et de questionnements, d'expériences, de découvertes et de tâtonnements, mais pour tenter de résumer tout de même un peu, je dirais que ce qu'il est important de retenir, c'est que le médecin-explorateur de l'intérieur a compris que son rôle n'était pas uniquement de protéger mais surtout de communiquer, d'assister, d'interroger. "Pour avoir une bonne façon d'appréhender, il faut être vide et sans à-priori", nous explique-t-il tranquillement, ajoutant que "l'intention qui accompagne le geste donne de la puissance au geste" lorsque celui-ci doit être fait.

    Quoi d'autre ? Une évocation des problèmes liés à l'enfantement car, selon le gynécologue, l'affectif et le déroulement de notre propre naissance sont bien souvent sources de troubles plus ou moins importants au moment de l'accouchement ou du désir d'enfant. Il serait donc primordial de prendre en compte l'histoire de la femme, future mère, lorsque l'on étudie les pathologies des parturientes. Au passage, le Docteur Mestrallet nous a bien fait comprendre que près de la moitié des accouchements par césariennes pourraient -et sans doute devraient- être évités car nombre d'entre eux sont pratiqués de façon abusive, parfois même pour des raisons de commodité pour l'obstétricien.

    Voilà, je vous ai livré un petit extrait et mon impression, dans le désordre le plus limpide. J'en ai même oublié de mentionner une plante dont il a beaucoup été question : l'armoise, et surtout ses sommités fleuries, qui, associée au thé vert, était fumée par les indiens lors de l'échange du calumet de la paix et qui, en moxibustion* sur un point d'acupuncture central, est censée rééquilibrer les dysfonctionnements énergétiques en combinant la chaleur et les vertus de la plante. C'est une méthode que cet obstétricien un peu fou et très humain a pu expérimenter à maintes reprises dans sa pratique, notamment pour aider des femmes présentant une endométriose ou les assiter dans leur programme de PMA.

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La conférence était présenté par un médecin chinois, le Dr He (j'espère ne pas me tromper dans l'orthographe) -à gauche sur la photo- qui a créé en Chine un musée dédié à la médecine traditionnelle de son pays telle qu'appréhendée par les occidentaux. Il anime et suit ce qu'il nomme une conférence en série sur ses observations ; il regarde de près comment les praticiens de l'hexagone interprètent la médecine chinoise car il affirme que les Français sont "les meilleurs pour l'observation". 

Quant au Dr Mestrallet, il exerce à Lyon, 7 Place Bellecour (tél. : 04.72.82.00.75) et a écrit un ouvrage intitulé MOKA 1 aux Editions 7, qui ont également publié le compte-rendu d'entretiens avec Sylviane Sarah Oling : "Alain Mestrallet - Double passerelle entre 1) Asclepios et Huang-Di 2) Hippocrate et Tao Hong King".


* La moxibustion, combustion de moxas à base d'armoise, a été inscrite en 2010 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.

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