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Bandeau théière calli

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jeudi 4 juillet 2013

The Good Women of China

Veuillez m'excuser si je vous présente un livre sous un titre anglais. La raison en est simple : c'est ainsi que je l'ai eu entre les mains et que je l'ai lu.


"The Good Women of  China", qui fut publié pour la première fois en Grande-Bretagne en 2002 (traduit par Esther Tyldesley) est une compilation à peine romancée d'entretiens entre la journaliste chinoise Xinran à l'époque où elle présentait un programme radio lors duquel elle invitait des femmes à appeler et à parler d'elles en direct à l'antenne. J'ai appris après l'avoir lu qu'il en existe également une traduction en français : "Chinoises".

C'est un livre que j'ai ressenti à la fois comme bouleversant et nécessaire. En effet, l'auteure a réussi, malgré les restrictions de la censure chinoise, à rendre publiques, mais avec une certaine pudeur, les histoires crues de ces femmes dont les noms ont été changés afin de protéger leur vie privée. Car ces histoires sont dérangeantes. Très dérangeantes. Elles en disent long sur la condition des femmes dans les années 70. Xinran s'est parfois déplacée pour rendre visite personnellement à certaines de ces femmes, afin d'avoir un récit plus complet de leur vie surprennante et souvent inimaginablement douloureuse. Je vous traduis un extrait :

24 août - ensoleillé
Aujourd'hui, j'ai envoyé une lettre à Yulong par recommandé avec accusé de réception. La lettre était très épaisse, alors l'envoi m'a coûté tout l'argent que j'avais reçu pour un de mes essais.
J'ai pris pour habitude de rêver que ma douleur pourrait partir d'une façon ou d'une autre, mais pourrais-je guérir de ma vie ? Puis-je faire disparaître mon passé et mon futur ? Je regarde souvent mon visage dans le miroir. On dirait qu'il est lisse et jeune, mais je sais combien il est effrayé par l'expérience et néglige la vanité, deux lignes apparaissent sur le front, des signes de la terreur que je ressens nuit et jour. Mes yeux n'ont pas le lustre ni la beauté de ceux d'une jeune fille...Sont-ce les traits d'une fille de 17 ans ? Que sommes-nous, nous les femmes, exactement ? Les hommes doivent-ils être classés dans parmi les mêmes espèces que les femmes ? Pourquoi sommes-nous si différents ?
Les livres et les films peuvent bien dire que c'est mieux d'être une femme, mais je ne peux pas le croire. Je n'ai jamais ressenti ceci comme étant vrai et je ne pourrai jamais...

26 août - couvert
.. Pendant la nuit, l'infirmier a dit qu'il y avait une mouche dans ma chambre et il a voulu la tuer avec un spray. Je ne voulais pas que la mouche soit tuée et lui ai dit que j'étais allergique aux sprays. Je ne sais pas où se cache la mouche. J'ai un plan pour la faire échapper en laissant la fenêtre ouverte pendant que je dors. Je ne sais pas si cela va la sauver.

27 août - bruine
Je n'ai pas pu sauver le bébé mouche.
... "Les mouches sont des transporteurs de maladies". Les mots du Dr Yu m'ont donné une idée que je pense essayer. Je ne crains pas les conséquences, même la mort c'est mieux que de rentrer à la maison. Je vais écraser la grosse mouche sur la coupure de mon bras.

27 septembre
Hier soir, on m'a amenée à l'hôpital principal ici. Je suis très fatiguée et j'ai sommeil. Mon bébé mouche me manque, me manque vraiment*. Et je ne sais pas si Yulong a répondu à ma lettre.

Mots de Xinran à la suite du récit :
"Où était Yulong ? Avait-elle appris la mort de Hongxue ? Qui était la femme de quarante ans qui avait laissé la boîte pour moi ? Est-ce que les essais de Hongxue étaient aussi joliment écrits que ceux de la boîte ? Lorsqu'il apprit le suicide de sa fille**, son père a-t-il ressenti du remors ? Est-ce que sa mère, qui l'avait traitée comme un objet de sacrifice, a jamais montré un tantinet de nature maternelle ?
Je ne connaissais pas la réponse à ces questions. Je ne savais pas combien de filles victimes d'abus sexuels pleuraient parmi les milliers d'âmes errant dans la ville ce matin-là."

Xinran est née à Beijing en 1958 et s'est installée à Londres où elle a pu publier ce roman, qui est son premier roman. Grace à son écoute bienveillante et son souhait de mettre la lumière sur la vie de ces femmes, contre vents et marées -et surtout contre la censure étatique-, des décennies d'obéissance aveugle à des pères, des frères ou des fils tyraniques ont été dévoilés, la condition de ces femmes, qui n'avaient pas droit à la parole, put enfin être mise sur le devant de la scène.

* La seule compagnie de Hongxue était cette mouche, à laquelle elle s'était attachée.
** Le père de Hongxue avait sexuellement abusé de sa fille.

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