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Bandeau théière calli

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mercredi 12 juin 2013

Beaux seins, belles fesses


Un post érotique ? Que nenni ! J'avais juste envie de vous parler d'un livre qui m'a bien plu :

BEAUX SEINS, BELLES FESSES
Editions Seuil



Il fut écrit en 2001 par 莫言 (Mò yán), de son vrai nom 管谟业 ou 管謨業 (Guǎn mó yè), et traduit en français par Noël et Liliane Dutrait. Il fallait bien deux plumes et deux cerveaux pour traduire un tel morceau : 895 pages et quelles pages !

Mo Yan est né en 1955 dans une province rurale de la Chine. Il a publié plus de 80 nouvelles et une dizaine de romans, dont Le pays de l'alcool, Le maître a le plus en plus d'humour et Les treize pas.

L'histoire, ou plutôt la saga :

Jingtong, qui est né après huit soeurs, est considéré comme l'"Enfant d'Or" de sa mère. Il est adulé et on lui prête des pouvoirs particuliers. Autour de lui et de ses soeurs, la chine rurale et agricole est tour à tour confrontée à la cruauté de l'invasion japonaise, au maoïsme aveugle et tyrannique et enfin au néo-capitalisme sauvage, tout cela au milieu d'une disette insoutenable. Jingtong est obsédé par les seins de sa mère et par les fesses des jolies jeunes filles. Cette obsession fait écran au film cauchemardesque qui se déroule autour de lui, lui permettant un certain retrait.

Mo Yan a laissé libre cours à un flot délirant de sensations et d'émotions qui explosent comme des pétards puis laissent place à un sentiment plus diffus de fatalité tragique. Cette fresque sensuelle, poétique et farfelue fut longtemps interdite en Chine.

Extrait :

"De toute façon, maman, je ne vous laisserai pas rentrer, dit Pandi. Rentrer, c'est se jeter dans leurs filets, c'est la mort assurée. Si tu ne penses pas à toi, pense aux enfants." Puis elle extirpa de sa sacoche un flacon dont elle dévissa le bouchon et sortit de petits comprimés blancs qu'elle tendit à ma mère. "Ce sont des vitamines, un seul comprimé peut remplacer un gros chou et deux oeufs, maman, tu dois être exténuée à force de marcher, tu devrais en prendre un et en donner un à chacun des enfants. Une fois que vous serez sortis des terres alcalines, le chemin sera meilleur,  nos compatriotes de Beihai vont nous accueillir chaleureusement. Allez, maman, mets-toi vite en route, il ne faut pas rester assis ici."

S'agrippant à la crinière du cheval, elle mit le pied sur l'étrier et grimpa sur sa monture, puis partit au galop en criant : "Mes amis, debout et en avant ! Là-bas, devant vous, c'est le village de la Colline-de-la-Famille-Wang,il y a de l'eau chaude et de l'huile, on a déjà préparé pour vous des radis, des légumes salés, des têtes d'ail..."

Stimulés par ses encouragements, les gens se levèrent et se mirent en marche. Ma mère plia dans son  mouchoir les comprimés que ma cinquième soeur lui avait donnés et les rangea dans une poche intérieure de son vêtement.

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