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Bandeau théière calli

Bandeau théière calli

mercredi 8 mai 2013

Lire et écrire le chinois - Larousse

Qu'est-ce qui m'a amenée à m'intéresser à la culture chinoise ? Lors d'une manifestation sur la Place de la Comédie (Montpellier), j'ai sympathisé avec un étudiant  et nous avons longuement discuté ensemble. Au moment de partir, il m'a demandé si ça me dirait d'apprendre le mandarin, car nous parlions un peu de la Chine. L'idée, à laquelle je n'avais jamais pensé, me plaisait bien, tout d'un coup. Il a alors sorti un livre de son sac et insisté pour que je le prenne en cadeau. Je n'ai pas eu trop le temps de comprendre. Je l'ai remercié et il est parti à toute allure car il était en retard à un rendez-vous. Je ne l'ai jamais revu et je ne sais toujours pas pourquoi il m'a offert ce livre.

Le livre, le voici :

LAROUSSE Langues orientales
Lire et écrire le chinois
Édition : 2007 - 192 pages - Format type Poche


Intriguée par ce geste, qui me semblait correspondre à une sorte d'appel du destin, j'ai commencé à lire le livre dès mon retour à la maison. Étonnamment, il n'y est que peu question de la façon de prononcer ; c'est vraiment l'écriture qui est mise en avant.

Ce livre d'apprentissage est une méthode simple pour s'initier rapidement aux caractères chinois. C'est ainsi que je me suis un peu familiarisée avec les calligrammes qui n'étaient jusque là que du Chinois pour moi. Fondée sur la curiosité et le plaisir d'apprendre, la méthode, qui comporte des activités corrigées et des mini-tests d'auto-évaluation, fait avancer pas à pas, au rythme qui nous convient et à partir de thèmes logiques. On commence par s'intéresser aux origines de l'écriture, puis on apprend à tracer des caractères, puis des mots : nombres, dates, signes et repères, puis les loisirs. Un double lexique bilingue en fin d'ouvrage permet de retrouver à tout moment le sens d'un caractère ou d'un mot.


Je recommande cet ouvrage à quiconque souhaiterait s'initier à la langue chinoise. Grâce à lui, je me suis renseignée pour trouver des cours de calligraphie chinoise et c'est ainsi que j'ai fait la connaissance d'une calligraphe aux dons pédagogiques évidents : Sophie Liottier, qui est devenue mon amie, puis Sun ShanShan, maître calligraphe issue d'une longue lignée de grands calligraphes. C'est ainsi également que j'ai fini par m'inscrire à des cours de mandarin et j'espère bien un jour être capable de tenir une conversation digne de ce nom pour pouvoir enfin partir visiter une portion intéressante de la Chine. J'ai d'ailleurs rendez-vous à Beijing dans trois ans avec un ami qui habite.... en Nouvelle-Zélande !




mardi 7 mai 2013

Le Clodo du Dharma

Aujourd'hui, j'avais envie de vous parler d'un recueil de poèmes chinois que m'a offert une amie. Il s'agit d'une compilation de poésies du poète : HAN-SHAN (寒山, littéralement "montagne froide"), accompagnée de calligraphies de LI KWOK-WING et présentées par le sinologue Jacques PIMPANEAU (aux Éditions You Feng).


Il est communément admis que le poète, dont on a redécouvert les oeuvres qu'au XXe siècle, vécut probablement vers le VIIe siècle de notre ère, dans une région connue sous le nom de Han-Shan, c'est-à-dire "montagne froide", dans le massif du TianTai, au sud de Hangzhou.

Devenu personnage de légende, cet ermite hirsute et dépenaillé, fut souvent représenté hilare en compagnie de son ami le moine excentrique Shi-De. Certains se l'imaginent comme une sorte de hippy de son temps.

Ci-dessus (gauche) : diptyque Yan-Hui représentant le poète Han-Shan (image Wikipedia)

En 1954, Arthur Waley, un traducteur anglais, fait publier 27 de ses poèmes dans la revue Encounter. Peu à peu, d'autres érudits grands-bretons s'entichent de ce personnage étonnant. Burton Watson, professeur à l'université de Columbia, traduit 100 poèmes dans un recueil intitulé Cold Mountain, 100 poems by the T'ang poet Han-Shan. Gary Snyder en traduit 24 autres et Jack Kerouac consacra lui aussi tout un ouvrage à ce vagabond joyeux, Les Clochards célestes, c'est pourquoi le livre dont je vous parle lui est dédié.

Han-Shan est vénéré dans différentes parties de l'Asie, notamment chez les bouddhistes Chan (Zen) et les taoïstes comme l'incarnation de la divinité de la sagesse Manjusri. Au japon, la légende des deux compères  y est tenace ; ils y sont connus sous l'appellation de Kanzan Jittoku. En occident, il devient une icône des hippies et un modèle pour les contestataires de la "Beat Generation". Les récits qui parlent de Han-Shan et Shi-De les montrent se comportant comme deux simples d'esprit, éclatant de rire pour un oui pour un nom, faisant des pantomimes et se moquant de tout. Cette assimilation de Han-Shan par des mouvements de contre-culture américains a surpris le monde asiatique en même temps que provoqué un regain d'intérêt des universitaires chinois et japonais à son égard.

Han-Shan introduit les paysages chinois avec une vision sur l'univers qui semble une nouvelle façon de vivre. La culture qui le nourrit semble échapper à toute logique, à toute règle. Épris de liberté, c'est dans la solitude qu'il fit un travail intérieur, loin de toute religion ou philosophie établie.

Etrait :



Et voici le même texte calligraphié par Li Kwok-Wing :






dimanche 5 mai 2013

Des rouleaux pour ce printemps

Recette d'un grand classique :

LES ROULEAUX DE PRINTEMPS



Ingrédients pour 4 personnes :
  • 12 galettes de riz (diamètre : 18 cm)
  • Vermicelles de riz : 1 sachet de 200 g
  • 1 bonne douzaine de crevettes décortiquées de taille moyenne
  • 250 gr de blanc de poulet ou de porc hâché
  • 2 carottes
  • Facultatif : 1 botte de cresson et/ou de coriandre
  • 1 bouquet de feuilles de menthe
  • 100 gr de pousses de soja
  • Quelques larges feuilles de laitue ou batavia
  • Sauce Nuoc Mam
  • Citron
  • Sucre,
  • Carotte
  • Sauce piment/aïl
Préparation :
  • Cuire le poulet dans l'eau bouillante ou à la poelle (pour le porc : à la poelle). Une fois refroidi, tailler en fines lamelles de 3mm d'épaisseur.
  • Faire cuire les crevettes 2 ou 3 mn dans l'eau bouillante. Egoutter puis les couper dans la longueur.
  • Faire cuire les crevettes épluchées et découpées en fins bâtonnets.
  • Faire cuire 3 mn les vermicelles dans l'eau bouillante, égoutter et passer sous l'eau froide.
  • Laver les feuilles de verdure (menthe et salade).
  • Passer une à une les galettes de riz sous un filet d'eau tiède et les poser sur un torchon.
  • Sur chaque galette, déposer 1/2 feuille de salade, 2 feuilles de menthe côte à côte, quelques pousses de soja et un peu de vermicelles, 2 morceaux de poulet (ou un peu de viande hâchée) et un peu de carotte.
  • Ajouter, si envie, quelques pincées de cresson et/ou de coriandre.
  • Poser les crevette sur les ingrédients en prenant soin de mettre la face colorée du côté qui apparaîtra sous la galette.
  • Rabattre un peu les bords de droite et de gauche vers le centre puis enrouler le rouleau en serrant bien les ingrédients pour que le tout ne se délite pas. Le geste doit être franc mais délicat.
  • Servir avec des coupelles de sauce Nuoc Mam agrémentée.
  • Régalez-vous.
La sauce Nuoc Mam : on l'obtient en faisant mariner de petits poissons, des crevettes, du sel et du sucre. De couleur brun-rouge, cette sacue est très parfumée ; quelques gouttes suffisent. On peut la mélanger à un peu d'eau, de citron, de sucre, de piment et de carotte finement râpée, cela la rend plus douce et déclicieuse avec des rouleaux de printemps ou des nems. Pour la conserver plus lontemps : la garder au frigo.

La petite histoire du rouleau de printemps :

L'équivalent de la Toussaint chinoise, la Fêtte de Qing Ming, est une journée destinée au nettoyage des tombes familiales. Elle a lieu a chaque printemps vers le mois d'avril. Le rouleau de printemps étant facement transportable, il servait d'offrande alimentaire et était déposé pour ce faire sur la tombe familiale avant d'être consommé. Une ancienne tradition voulait que l'on n'alume aucun feu ce jour-là, ce qui rendait le rouleau de printemps idéal également pour cette raison.

Ecrire le chinois - les 214 clés


C'est le "petit livre rouge" de l'écriture chinoise. Pour qui veut familiariser sa plume à l'écriture des 214 clés de base, les radicaux constituant les idéogrammes chinois, c'est un bon outil. La contre-page présente les 8 traits fondamentaux. Le petit livre est aussi un cahier. De format carte postale, il peut s'emporter facilement dans une poche pour s'entraîner dès qu'on a quelques minutes devant soi.

A l'intérieur : des pages divisées en quadrillage de 5 colonnes et 7 lignes. Sur le carré de gauche : le modèle, en commençant par le plus petit nombre de traits (=1) et en ajoutant des traits régulièrement. Sur les 4 carrés suivant de chaque ligne : des espaces vides afin de reproduire soi-même la clé.

Le sens de chaque clé est indiqué. On peut s'essayer au pinceau, mais celui-ci doit être extrêmement fin, par exemple de type pinceau portable (avec un capuchon, comme les stylos plume). On peut sinon tracer les clés à l'aide d'un crayon ou d'un stylo plume ou bille.


Inconvénient : l'ordre de traçage des traits n'est pas indiqué.
Avantages : le format réduit et le coût (3,80 € prix moyen 2010)
Editions du Centenaire (01 42 02 87 05) à Paris.



vendredi 3 mai 2013

Initiation à la Calligraphie à PierresVives

Les Archives départementales de Montpellier
vous convient


les samedis 4 et 25 mai 2013
de 10h30 à 12h30

au nouveau bâtiment PIERRESVIVES
Section "Atelier de l'histoire"


Pour participer à des ateliers d'initiation à la
CALLIGRAPHIE CHINOISE



Public visé: 
Tout public à partir de 10 ans
Tarif: Gratuit
Intervention : Sophie Liottier, Calligraphe
Contact: 04 67 67 37 00
Modalités d’inscription: 
Sur réservation - 12 places disponibles

Bronzes archaïques au Musée Guimet

Du 13 mars au 10 juin 2013, le musée Guimet présente une centaine de bronzes archaïques chinois, chef-d’oeuvres de la prestigieuse collection Meiyintang.

110-1 enligne
Paire de vases pour les offrandes de nourriture dui, Couvercle pouvant former une coupe,
Bronze, 31,4 cm, Dynastie des Zhou occidentaux, Période des Royaumes combattants
Ve s. av. notre ère © Vincent Girier-Dufournier

Réunie depuis plus de cinquante ans par un collectionneur passionné, exigeant, admirable connaisseur de l’Asie et des arts de la Chine en particulier, cette partie de la collection Meiyintang bien qu’elle fût connue pour avoir fait l’objet d’importantes publications, n’a cependant jamais été présentée au public. Elle le sera ainsi pour la première fois en France, au musée Guimet à travers le plus bel ensemble de bronzes archaïques chinois datant des deuxième et premier millénaires avant notre ère.

173-1 enligneA l’inverse de ce qui se rencontre dans les autres civilisations du bronze, les bronzes archaïques chinois n’ont pas de vocation utilitaire. Leur fonction est, dès l’origine, propitiatoire ou magique. En Chine, dès le XIXe siècle avant J.-C., ces bronzes sont les instruments privilégiés des rites offerts aux mânes des ancêtres pour solliciter leur puissance, notamment sur le champ de bataille.
Masquant les hésitations et la faiblesse d’une métallurgie qui cherche sa maîtrise, l’art du décor mais surtout l’audace des formes atteignent immédiatement à la perfection. En témoigne l’extraordinaire élégance, le geste inspiré du grand jue, ou coupe à alcool, témoignage exceptionnel de la civilisation Erlitou (XIXe-XVIe siècles av. J.-C.) par lequel commencera l’exposition.

Photo ci-dessus : Verseuse à eau zoomorphe yi, Bronze, H. 15,8 cm, Dynastie des Zhou orientaux, Période des Printemps et Automnes, VIIe-VIe s. av. notre ère © Vincent Girier-Dufournier.

Sous les Shang (XVIe-XIe siècles av. J.-C.) le décor s’enrichit de rinceaux et de masques taotie d’une fascinante abstraction.

Au cours des siècles suivants, sous les règnes des Zhou, les formes animalières fantasmatiques de plus en plus reconnaissables structurent le décor tandis que la maîtrise désormais acquise des techniques de fonte permet l’évolution et la complexification des modèles : la puissance et la force subjuguent la séduction. Les rinceaux deviennent des pointes, les masques portent des cornes.
 
Pendant la période des royaumes combattants (Ve-IIIe siècles av. J.-C.), la fonction rituelle des objets de bronze fait place à l’ostentation : le décor s’enrichit d’incrustation et les formes deviennent précieuses jusqu’à l’exubérance.

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Récipient à base carrée pour boissons fermentées fangfou
Décor imitant la vannerie, Bronze, H. 36,5 cm
Dynastie des Zhou orientaux, VIe-Ve s. av. notre ère
© Vincent Girier-Dufournier

Musée Guimet - Tél. : 01 56 52 53 45 ; fax 01 56 53 54 36 ; courriel : resa@guimet.fr


Retrouvez tous les trois mois, le programme du musée des arts asiatiques. Dans un même document, vous pourrez découvrir à la fois la programmation des activités culturelles et celle de l'auditorium mais aussi des informations sur les collections permanentes et les expositions.
Les versions papiers de la 'Lettre de Guimet' sont disponibles gratuitement à l'accueil du musée lors de votre visite.
Téléchargez 'La Lettre de Guimet' Numéro 01

Démonstration de Calligraphie à Montpellier



中國成都書畫院法國分院

INSTITUT DE CALLIGRAPHIE ET DE PEINTURE CHINOISES DE CHENGDU EN FRANCE

Jean Louis TALAVERA

Démonstration de calligraphie chinoise

A 19 heures,le samedi 25 mai 2013

A l'institut de calligraphie et de peinture chinoises de ChengDu en France
35 rue de la Valfère 34000 Montpellier

35,rue de la Valfère 34000 MONTPELLIER
Tel :0467667746,0676933545.

A l'occasion de l'obtention de son diplôme de calligraphie de l’institut de calligraphie et de peinture chinoises de ChengDu en France,Jean Louis TALAVERA va montrer les styles régulier et cursif ,à travers les deux phrases du poème(望庐山瀑布contemplation de la cascade de la montagne Lu) du poète Li Bai(李白701-762) de la dynastie Tang(618-907) :


飛流直下三千尺

疑是銀河落九天



Le parfum de l'encre


C'est en juillet 1999 que je suis rentré dans la boutique de Shan pour découvrir la calligraphie chinoise. A la fin de sa présentation, j'ai eu droit à un examen surprise. Shan voulait être sûr que je n'étais pas venu en touriste !
Des années avec Shan, des années avec le pinceau avec des hauts et des bas, soutenu par son amitié.
La calligraphie chinoise, c'est le parfum de l'encre, le crissement du pinceau sur le papier, c'est surtout apprendre à faire tenir les caractères debout. C'est un champ de créativité formidable : on apprend à harmoniser une composition  où tout s'enchaîne trait, caractère, poème.
C'est faire danser le pinceau, pour danser sa vie.

Jean Louis TALAVERA

jeudi 2 mai 2013

Hero, de Zhang Yimou

Quelle chance !
En zappant hier soir, je suis tombée sur un film remarquable qui passait sur Arte :

HERO (英雄, Ying xiong), de Zhang Yimou


Zhang Yimou est aussi le réalisateur de "Epouses et concubines", "Le Sorgho rouge",  et "Le Secret des poignards volants".

Ce film réalisé en 2002 se place à un moment important de l'histoire de la Chine : celui de la montée en pouvoir du roi Ying Zheng, au IIIe siècle avant J.-C.. A cette époque, l'immense territoire qui deviendra l'Empire du Milieu (ZhongGuo - 中国) est divisé en 7 royaumes. On appelle cette période celle des Royaumes combattants.  En 221 avant J.-C., Ying Zheng, qui dirigeait le royaume des Qin (prononcer "tchine"), unifia les royaumes par la terreur et les massacres, n'en faisant plus qu'un seul : la Chine (dont le nom occidental correspond à celui du peuple Qin). Il devint donc le Premier empereur (se dit Ying Zheng Huang).



Les acteurs : On retrouve Zhang Ziyi (Lune) et Tony Lung Chi-Wai (Lame brisée) qui ont joué plus tard dans le "GrandMaster" de Wong Kar Wai, mais aussi Jet Li (Sans nom) et Maggie Cheung (Flocon de neige).

La trame : 6 des 7 royaumes voient d'un mauvais oeil l'esprit conquérant du sanguinaire chef des Qin. Ils décident d'envoyer leurs meilleures lames pour occire ce roi gênant. Parmi ces guerriers, trois lames brillantes du royaume de Zhao sortent du lot : Lame Brisée, Flocon de Neige et Ciel Etoilé.

Le genre du film, vous l'aurez deviné : un film de sabre chinois (Wu Xia Pian). Ces bretteurs extraordinaires s'affrontent tour à tour puis vient un quatrième larron, super héros qui les expédie en beauté ad-patrès : un inconnu surnommé "Sans Nom" (ça ne vous rappelle pas un certain film spagghetti de Tonino Valerii ?). Le roi des Qin ayant promis monts et merveilles à celui qui anéantirait les trois géants du sabre, il le reçoit en son palais et écoute son récit.


Le style : Onirique, symbolique, lyrique, flamboyant. C'est un tableau, que dis-je, c'est une fresque géante, à la fois impressionniste et surréaliste, monstrueuse de perfectionnisme esthétique. A quoi peut-on le comparer ? Mystère. Tout y est épuré et sublimé: les lignes, les tons. On nage de toile en toile, submergé par les touches de couleurs dominantes, ici du rouge et du noir s'affrontent, là du bleu nous rapproche d'un irréel céléste, du blanc nous envole dans un monde spirituel, là du vert se déchire pour annoncer un dénouement proche, là encore de l'or est soufflé par des feuilles d'automne dont les rafales éloignent et rapprochent des adversaires élégantes et aériennes... Il faut dire que le chef opérateur, Chris Doyle, est l'un des meilleurs ; il collabore, d'ailleurs, habituellement avec Wong Kar Wai.


Mon sentiment : Scotchée du début à la fin, on peut dire que j'ai été subjuguée par ce spectacle magnifique. Les envolées lyriques visuelles sont stupéfiantes. Lorsque je me suis installée devant mon petit écran, des milliers de flèches noires jaillissaient à l'intérieur d'un palais où sévissaient, imperturbables, quelques calligraphes maniant le pinceau comme un symbole et une respiration divine. Deux princes rouges de l'épée sortent et se battent contre le flot continu de ces flèches. Leur sabre seul les protège. Insensé ! Oui, c'est bien cela, toutes les situations sont paroxystiques et exagérées à un point où ne reste que le sens de l'image, la puissance de l'évocation et l'esthétique de tout cela. Les mouvements sont lestes et chorégraphiques, aériens et vitaux. C'est la nature tout entière qui se trouve concentrée dans le sabre-pinceau qui trace les lignes de vie ou de mort. Je serais assez tentée de lui donner 20/20...


J'ai sélectionné cet extrait pour la puissance métaphorique des combats et le parallèle entre le sabre trempé dans l'eau avec le pinceau trempé dans l'encre. Le visuel, avec les reflets des montagnes, est à couper le souffle.

mercredi 1 mai 2013

Beijing Coma

Dans la série lecture, je vous propose :

BEIJING COMA
de Ma Jian
aux Editions Flammarion
Traduction française : Constance de Saint-Mont
Illustration : Justin Guariglia/Getty Images/National Geographic
632 pages, 23 € (prix en 2010)


Résumé :

4 juin 1989. Printemps de Pékin. Des milliers d'étudiants occupent depuis un mois la Place Tiananmen, et parmi eux, Dai Wei. Quand un soldat lui tire une balle dans la tête, le plongeant dans un coma profond, son corps devient sa prison, mais son âme se souvient : la honte quand son père dissident revient des camps, ses premières amours contrariées, la conscience politique qui s'éveille... Lorsque Dai Wei sortira du coma une décennie plus tard, se reconnaîtra-t-il seulement dans cette Chine pétrie de contradictions ? Histoire, mémoire, liberté, Beijing Coma explore les pierres angulaires de la société - les droits fondamentaux sans lesquels l'être humain ne pourrait survivre. Le chef-d'oeuvre de Ma Jian, qu'il a mis dix ans à écire.

"Une fois par génération, un roman paraît qui remet profondément en question le regard que nous portons sur le monde et sur nous-mêmes. Beijing Coma est l'examen poétique non seulement d'un pays à un moment donné de son histoire mais du droit universel de se souvenir et d'espérer. C'est, à tous les points de vue, une oeuvre de fiction qui fera date."
Daily Telegraph

Ma Jian a quitté Beijing (Pékin) pour Hong Kong en 1987, peu avant que ses livres soient interdits en Chine, et vit aujourd'hui à Londres. Il a publié quatre livres en France, dont Nouilles chinoises (Flammarion, 2006) et Chemins de poussière rouge (Editions de l'aube, 2005), qui fustige l'autorité abusive et l'hypocrisie au pouvoir en Chine, lui valant ainsi l'admiration du prix Nobel Gao Xingjian qui voit en lui "une des voix les plus importantes et les plus courageuses de la littérature chinoise contemporaine".

Extrait :

"Bien que tes nerfs soient engourdis, tu sens le souvenir de l'amour qui vibre dans ton cerveau comme une pendule.
Cette nuit-là, je rêvai que Tian Yi accourait vers moi avec des larmes dans les yeux, me criant de m'échapper tandis que des soldats nous chargeaient depuis d'étroites ruelles. Dès que je me réveillai, je la cherchai. Je finis par la repérer, étendue sous la couette à fleurs dans un nouvel abri improvisé. Le sol était couvert de planches offertes par le gouvernement local.
Je traversai la foule de corps allongés pour m'asseoir à ses côtés. C'était le début de son cinqième jour de grève de la faim. Les étudiants en psychologie campaient près des étudiants en littérature chinoise, de sorte que Bai Ling et Han Dan étaient tous deux proches. Notre service d'ordre avait bien gardé le campement. Ils n'avaient laissé passer que quelques médecins en blouse blanche. La sirène des ambulances avait réveillé la plupart des grévistes, y compris Tian Yi.
Je regardai son visage blême et ses lèvres craquelées, et touchai ses mains glacées. Elle ne paraissait pas seulement vieille maintenant, elle avait l'air d'une mourante. Un vent froid soufflait dans l'aube blafarde."

Mon avis : Un livre original où s'entrechoquent l'onirique et la réalité. Une écriture franche qui vous emporte, avec des mots simples, dans les méandres du subconscient d'un étudiant meurtri, tombé dans le coma. Cette blessure a suivi l'arrivée des chars pour mater dans le sang les manifestants désarmés. On ressent la frustration qui gagne de page en page, face à un pouvoir crispé sur ses dogmes archaïques. Cet état n'est pas qu'intérieur : il fait écho à l'état d'avant la blessure, cet état de grâce qui nous porte avec ferveur vers un avenir meilleur, cet état d'inconscience qui nous mène à des actes incroyables. On voit se dérouler une période enthousiaste pour les étudiants place Tian an Men, où la soif de démocratie absolue aveugle jusqu'à faire fi de sa propre vie, pour le groupe. Ma Jian excelle dans ce va-et-vient entre entousiasme et désillusion, idéalisme et réalité. Un livre que je ne suis pas prête d'oublier.

The Grandmaster

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Nous sommes allés au cinéma Diagonal de l'Ecussion (centre ville de Montpellier) avec mon fils Mathieu la semaine dernière voir "The GrandMaster", le dernier film de Wong Kar Wai, le "maître de Hong Kong" (As tears go by, Nos années sauvages, Happy together, In the Mood for Love, My blueberry nights, La Main...). Huit ans pour préparer le film. Trois ans d'entrainement pour les acteurs principaux, Zhang ZiYi, l'héroïne de "Tigres et Dragons" et de "Mémoires d'une Geisha", et Tony Lung ChiuWai (Seven warriors, Au revoir mon amour, Histoire de fantômes chinois 3, The Returning, Sound of colours...).
 
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Zhang ZiYi  (章子怡)
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Tony Lung ChiuWai (梁朝偉)
 
Le film raconte le parcours, de 1936 à 1954, de Yip Man, un grand maître de Kung-Fu, adepte de sa forme Wing Chun. Yip Man deviendra le mentor de Bruce Lee. Le Grand maître BaoSen, qui dirige l'Ordre des Arts Martiaux chinois, doit trouver son successeur. Pour sa cérémonie de départ, il se rend à Foshan avec sa fille Gong Er, elle-même maître de Kung Fu, dans sa forme Ba Gua. Gong Er est la seule a connaître la figure mortelle des 64 mains.
 
Yip Man affronte les maîtres du Sud et Gong Er, en qui il trouve son égale. Ainsi commence une histoire d'amour impossible, au milieu de conflits sanglants entre les différentes écoles de Kung Fu, avec, en toile de fond impressionniste, l'évocation du chaos qui vient avec l'occupation japonaise puis la révolution communiste qui ravagent le pays. Gong Er, la véritable héroïne du film, voit sa vie bouleversée à cause d'un choix difficile.

Mon avis : "The GrandMaster", c'est du grand art, presque de la calligraphie. Perfectionniste à l'extrême, Wong Kar Wai a peaufiné chaque portion scénique avec la méticulosité qu'on lui connait, un regard pointu sur les décors, les costumes et un sens esthétique hors du commun, même dans les scènes d'affrontements. La brutalité de l'action est parfaitement contrebalancée par la douceur des détails et la sensualité des gros plans : la goutte d'eau mélée de sang que le choc sur le sol transforme en couronne, les étendards immaculés qui ondulent sous les flocons comme des créatures marines soyeuses, la gouttière du Panama de Yip Man qui verse l'eau de pluie, la belle Gong Er qui sort, telle une déesse, de la brume... Et tout cela avec, en sous-tension, une symbolique toute chinoise qui enrobe chaque objet, chaque regard. Juste un reproche, parce qu'il en faut bien un : le titre. Pourquoi en anglais ?

L'avis de Mathieu : Un très beau film, profond, où la symbolique est toujours présente. Une question qu'il n'a pas pu retenir : Pourquoi tous ces gros plans sur les chaussures ?