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Bandeau théière calli

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mercredi 1 juillet 2015

L'empereur Kangxi



C'est à l'âge de 6 ans, en 1661, que Kangxi (littéralement "Le Pacifique") devient empereur de Chine pour 62 ans, ce qui représente le règne le plus long de l'histoire de la Chine. Fils de Shunzhi, fondateur de la dynastie Qing, c'était un Mandchou. Jusqu'à 1969, le pouvoir était au mains de quatre régents, dont un certain Oboi, qu'il fait arrêter lorsqu'il atteint lui-même sa quinzième année, devenant ainsi empereur à part entière. Il rompt avec la politique de discrimination ethnique qu'Oboi avait instaurée. De plus, il promulgue un décret stipulant que les paysans, qui avaient été dépossédés de leurs terres par Oboi, pouvaient en reprendre possession. 


Kangxi a amené l'empire à son apogée, repoussant ses frontières jusqu'en Mongolie (1691) et au Tibet (1720) et restaurant la souveraineté de Beijing sur l'île de Taïwan (1683). Au nord, il repousse, aidé par une artillerie mise au point par ses conseillers jésuites, les Russes qui ont atteint l'océan Pacifique. Le traité de Nerchintsk, qui attribue la vallée de l'Amour à la Chine, est signé. Après huit années de guerre (1673-1681) contre des feudataires du Sud-Ouest, qu'il finit par écraser, il finit par dominer un très vaste empire.

Epris de calligraphie et connaisseur d'art, l'empereur devient un véritable lettré. Côté administration, il n'est pas en reste. Côté ouverture vers les apports extérieurs, il se montre plus que tolérant. Pour preuve la confiance qu'il donne aux Jésuites occidentaux, les autorisant à prêcher leur religion en Chine. Le Vatican, pour sa part, voit ce rapprochement d'un mauvais œil et interdit aux Jésuites de tolérer le culte des ancêtres -fondamental pour eux- chez les nouveaux convertis orientaux, engendrant une "Querelle des Rites" qui amène Kangxi à interdire la prédication chrétienne en Chine. Il continue, dans le même temps, à rester ouvert aux influences du bouddhisme et aux avancées mathématiques et astronomiques venues de l'occident. En 1679, l'empereur met en place un examen spécial pour les grands lettrés, les amenant à se séparer de l'influence culturelle des Ming; il s'applique ainsi, en même temps qu'à l'aide d'une meilleure rémunération, à gagner les élites au nouveau régime et restreindre la corruption.

Le missionnaire jésuite Joachim Bouvet (1656-1730) publia en 1697 un portrait littéraire de l'empereur Kangxi qui fut présenté au roi Louis XIV, son contemporain, participant ainsi à la popularité du personnage. Son ouvrage fut traduit en latin par Leibniz*, avec qui l'empereur entretenait d'étonnantes relations, mais aussi en anglais, en néerlandais et en italien. 

Bouvet était correspondant de l'Académie des Sciences. Parti en 1685 avec la première ambassade envoyée par Louix XIV au Siam (actuelle Thaïlande), il avait rencontré l'empereur Kangxi en 1688. Kangxi l'écoute et s'intéresse à son enseignement des mathématiques. Dans son récit-portrait fait au roi de France, Bouvet s'applique à rapprocher les deux monarques, que ce soit au niveau du physique (tous deux portent les marques d'une variole enfantine, maladie dont fut emporté le père de Kangxi, 1er empereur des Qin), qu'au niveau du tempérament : goût pour les arts, destins royaux parallèles, avec toutes les difficultés assumées du pouvoir. Louis XIV avait, cependant, déjà lu un récit du père astronome Verbiest (1623-1688) sur son voyage en Tartarie orientale (Mandchourie), dont voici un extrait de la dédicace : "Vous verrez, Sire, dans ce récit, que la Cour de Péquin ne cède en magnificence à aucune autre Cour de l'Europe; & si vous aviez esté dans un autre siècle, le Prince qui règne aujourd'huy à la Chine ne verroit rien dans le monde de plus grand que luy."

Grâce à ce type de récit, les lettrés occidentaux étaient au fait de l'intérêt de Kangxi pour les sciences, notamment la cartographie, les mathématiques, la physique et l'astronomie. L'empereur utilisait l'enseignement du père Verbiest, qui lui transmettait ses connaissances à raison de 3 ou 4 heures par jour, pour mener à bien plusieurs grands travaux, notamment dans le domaine hydraulique (création de canaux et de barrages).

La réforme du calendrier, qui marqua les esprits en Chine avant même l'avènement de Kangxi, avait donné lieu à une première réforme issue de l'occident : le nouveau calendrier fut promulgué en 1644 par le père de Kangxi, Shunzhi. On sait que premier empereur avait déjà confié de hautes fonctions à des Jésuites dans son Bureau Impérial d'Astronomie. Son fils reprit donc, en les intensifiant, les relations fructueuses avec un occident alors porteur de progrès.

Notons que durant son règne, Kangxi se rendit à plusieurs reprises au temple de Confucius à Qufu à la fois pour rendre hommage au philosophe qu'il estimait et pour rallier ses adeptes à son camp, ce qui permit de stabiliser son règne sur tout l'empire.

Sources:

herodote.net
jesuites.com,  
Conférence de Christine Bierre sur le Pont terrestre eurasiatique
solidariteetprogres.org
wikipedia.org





* Le philosophe et mathématicien Gottfried Leibniz était porté par une vision de la civilisation humaine avec la volonté de bâtir un monde "où toutes les nations, quelles que soient leur taille ou leur richesse, auront droit à leur entière croissance. Un monde où toutes les nations seront souveraines et libres de nouer des partenariats avec les pays de leur choix, sans se soumettre à tel ou tel bloc idéologique, sans devenir les vassales de tel ou tel empire".
Au XVIIe siècle, alors que l'Europe était ravagée par les guerres et en proie aux fanatisme religieux, Leibniz tenta de créer les conditions d'une paix en permettant au continent asiatique de se développer. Il souhaitait nouer une alliance entre l'Europe et la Chine. Le philosophe considérait que les deux grandes nations, bien que fort éloignées l'une de l'autre, étaient les plus avancées.

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